[edit] French
Du Jeu des Tarots
Où l'on traite de son origine, où on explique ses Allegories, & où l'on fait voir qu'il est la source de nos Cartes modernes à jouer, etc. etc.
[edit] 1. Surprise que causeroit la découverte d'un Livre Egyptien.
Si l'on entendoit annoncer qu'il existe encore de nos jours un Ouvrage des anciens Egyptiens, un de leurs Livres échappé aux flammes qui dévotèrent leurs superbes Bibliothèques, & qui contient leur doctrine la plus pure sur des objets intéressans, chacun seroit, sans doute, empressé de connoître un Livre aussi précieux, aussi extraordinaire. Si on ajoûtoit que ce Livre est très-répandu dans une grande partie de l'Europe, que depuis nombre de siècles il y est entre les mains de tout le monde, la surprise iroit certainement en croissant: ne seroit-elle pas à son comble, si l'on assuroit qu'on n'a jamais soupçonné qu'il fût Egyptien; qu'on le possède comme ne le possedant point, que personne n'a jamais cherché à en déchiffrer une feuille: que le fruit d'une sagesse exquise est regardé comme un amas de figures extravagantes qui ne signifient rien par elles-mêmes? Ne croiroit-on pas qu'on veut s'amuser, se jouer de la crédulité de ses Auditeurs?
[edit] 2. Ce Livre Egyptien existe.
Le fait est cependant très-vrai: ce Livre Egyptien, seul reste de leurs superbes Bibliothèques, existe de nos jours: il est même si commun, qu'aucun Savant n'a daigné s'en occuper; personne avant nous n'ayant jamais soupçonné son illustre origine. Ce Livre est composé de LXXVII feuillets ou tableaux, même de LXXVIII, divisés en V classes, qui offrent chacune des objetes aussi variés qu'amusans & instructifs: ce Livre est en un mot le JEU DES TAROTS, jeu inconnu, il est vrai, à Paris, mais très-connu en Italie, en Allemagne, même en Provence, & aussi bisarre par les figures qu'offre chacune de ses cartes, que par leur multitude.
Quelqu'étendues que soient les Contrées où il est en usage, on n'en étoit pas plus avancé sur la valeur des figures bisarres qu'il paroît offrir: & telle est son antique origine qu'elle se perdoit dans l'obscurité des tems, qu'on ne savoit ni où quand il avoit été inventé, ni le motif qui y avoit rassemblé tant de figures extraoridnaires, si peu faites ce semble pour marcher de pair, telles qu'il n'offre dans tout son ensemble qu'une énigme que personne n'avoit jamais cherché à résoudre.
Ce Jeu a même paru si peu digne d'attention, qu'il n'est jamais entré en ligne de compte dans les vues de ceux de nos Saans qui se sont occupés de l'origine des Cartes: ils n'ont jamais parlé que des Cartes Françoises, ou en usage à Paris, dont l'origine est peu ancienne; & après en avoir prouvé l'invention moderne, ils ont cru avoir épuisé la matiere. C'est qu'en effet on confond sans cesse l'établissement d'une connoissance quelconque dans un Pays avec son invention primitive: c'est ce que nous avons déjà fait voir à l'égard de la boussole: les Grecs & les Romains eux-mêmes n'ont que trop confondu ces objets, ce qui nous a privé d'une multitude d'origines intéressantes.
Mais la forme, la disposition, l'arrangement de ce Jeu & les figures qu'il offre sont si manifestement allégoriques, & ces allégories sont si conformes à la doctrine civile, philosophique & religieuse des anciens Egyptiens, qu'on ne peut s'empêcher de le reconnoître pour l'ouvrage de ce Peuple de Sages: qu'eux seuls purent en être les Inventeurs, rivaux à cet égard des Indiens qui inventoient le Jeu des Echecs.
[edit] Division.
Nous ferons voir les allégories qu'offrent les diverses Cartes de ce Jeu.
Les formules numériques d'après lesquelles il a été composé.
Comment il s'est transmis jusques à nous.
Ses rapports avec un Monument Chinois.
Comment en naquirent les Cartes Espagnoles.
Et les rapports de ces dernieres avec les Cartes Françoises.
Cet Essai sera suivi d'une Dissertation où l'on établit comment ce Jeu étoit appliqué à l'art de la Divination; c'est l'ouvrage d'un Officier Général, Gouverneur de Province, qui nous honore de sa bienveillance, & qui a retrouvé dans ce Jeu avec une sagacité très-ingénieuse les principes Egyptiens sur l'art de deviner par les Cartes, principes qui distinguèrent les premieres Bandes des Egyptiens mal nommés Bohêmiens qui se répandirent dans l'Europe; & dont il subsiste encore quelques vestiges dans nos Jeux de Cartes, mais qui y prêtent infiniment moins par leur monotonie & par le petit nombre de leurs figures.
Le Jeu Egyptien, au contraire, étoit admirable pour cet effet, tenfermant en quelque façon l'Univers entier, & les Etats divers dont la vie de l'Homme est susceptible. Tel étoit ce Peuple unique & profonf, qu'il imprimoit au moindre de ses ouvrages le sceau de l'immortalité, & que les autres semblent en quelque sorte se traîner à peine sur ses traces.
[edit] ARTICLE I.
[edit] Allégories qu'offrent les Cartes du Jeu de Tarots.
Si ce Jeu qui a toujours été muet pour tous ceux qui le connoissent, s'est développé à nos yeux, ce n'a point été l'effet de quelques profondes méditations, ni de l'envie de débrouiller son cahos: nous n'y pensions pas l'instant avant. Invité il y a quelques années à aller voir une Dame de nos Amies, Madame la C. d'H., qui arrivoit d'Allemagne ou de Suisse, nous la trouvâmes occupée à jouer à ce Jeu avec quelques autres Personnes. Nous jouons à un Jeu que vous ne connoissez sûrement pas... Cela se peut; quel est-il?.. Le Jeu des Tarots... J'ai eu occasion de le voir étant fort jeune, mais je n'en ai aucune idée... C'est une rapsodie des figures les plus bisarres, les plus extravagantes: en voilà une, par exemple; on eut soin de choisir la plus chargée de figures, & n'ayant aucun rapport à son nom, c'est le Monde: j'y jette les yeux, & aussi-tôt j'en reconnois l'Allégorie: chacun de quitter son Jeu & de venir voir cette Carte merveilleuse où j'appercevois ce qu'ils n'avoient jamais vû: chacun de m'en montrer une autre: en un quart-d'heure le Jeu fut parcoutu, expliqué, déclaré Egyptien: & comme ce n'étoit point le jeu de notre imagination, mais l'effet des rapports choisis & sensibles de ce jeu avec tout ce qu'on connoît d'idées Egyptiennes, nous nous promîmes bien d'en faire part quelque jour au Public; persuadés qu'il autoit pour agréable une découverte & un présent de cette nature, un Livre Egyptien échappé à la barbarie, aux ravages du Tems, aux incendies accidentelles & aux volontaires, à l'ignorance plus désastreuse encore.
Effet nécessaire de la forme frivole & légere de ce Livre, qui l'a mis à même de triompher de tous les âges & de passer jusques à nous avec une fidélité rare: l'ignorance même dans laquelle on a été jusques ici de ce qu'il representoit, a été un heureux sauf-conduit qui lui a laissé traverser tranquillement tous les Siècles sans qu'on ait pensé à le faire disparoître.
Il étoit tems de retrouver les Allégories qu'il étoit destiné à conserver, & de faire voir que chez le Peuple le plus sage, tout jusqu'aux Jeux, étoit fondé sur l'Allégorie, & que ces Sages savoient changer en amusement les connoisances les plus utiles & n'en faire qu'un Jeu.
Nous l'avons dit, le Jeu des Tarots est composé de LXXVII Cartes, même d'une LXXVIIIe, divisées en Atous & en IV couleurs. Afin que nos Lecteurs puissent nous suivre, nous avons fait graver les Atous; & l'As de chaque couleur, ce que nous appellons avec les Espagnols, Spadille, Baste, & Ponte.
[edit] ATOUS.
Les Atous au nombré de XXII, représentent en général les Chefs temporels & spirituels de la Société, les Chefs Physiques de l'Agriculture, les Vertus Cardinales, le Mariage, la Mort & la résurrection ou la création; les divers jeux de la fortune, le Sage & le Fou, le Tems qui consume tout, &c. On comprend ainsi d'avance que toutes ces Cartes sont autant de Tableaux allégoriques relatifs à l'ensemble de la vie, & susceptibles d'une infinité de combinaisons. Nous allons les examiner un à un, & tâcher de déchiffrer l'allégorie ou l'énigme particuliere que chacun d'eux renferme.
[edit] No. 0, Zero. Le Fou.
On ne peut méconnoître le Fou dans cette Carte, à sa marotte, & à son hoqueton garni de coquillages & de sonnettes: il marche très-vîte comme un fou qu'il est, portant derriere lui son petit paquet, & s'imaginant échapper par-là à un Tigre qui lui mord la croupe: quant au fac, il est l'emblême de ses fautes qu'il ne voudroit pas voir; & ce Tigre, celui de ses remords qui le suivent galopant, & qui sautent en croupe derriere lui.
Certe belle idée qu'Horace a si bien encadrée dans de l'or, n'étoit donc pas de lui, elle n'avoit pas échappé aux Egyptiens: c'étoit une idée vulgaire, un lieu commun; mais prise dans la Nature toujours vraie, & présentée avec toutes les graces dont elle est susceptible, cet agréable & sage Poëte sembloit l'avoir tirée de son profond jugement.
Quant à cet Atout, nous l'appellons Zero, quoiqu'on le place dans le jeu après le XXI, parce qu'il ne compte point quand il est seul, & qu'il n'a de valeur que celle qu'il donne aux autres, précisément comme notre zero: montrant ainsi que rien n'existe sans sa folie.
[edit] No. I.. Le Jouer de Gobelets, ou Bateleur.
Nous commençons par le no. I. pour suivre jusques au 21, parce que l'usage actuel est de commencer par le moindre nombre pour s'élever de-là aux plus hauts: il paroît cependant que les Egyptiens commençoient à compter par le plus haut pour descendre de-là jusqu'au plus bas. C'est ainsi qu'ils solsifioient l'Octave en descendant, & non en montant comme nous. Dans la Dissertation qui est à la suite de celle-ci, on suit l'usage des Egyptiens, & on en tire le plus grand parti. On aura donc ici les deux manieres: la nôtre la plus commode quand on ne veut considérer ces Cartes qu'en elles-mêmes: & celle-là, utile pour en mieux concevoir l'ensemble & les rapports.
Le premier de tous les Atous en remontant, ou le dernier en descendant, est un Joueur de Gobelet; on le reconnoît à sa table couverte de dés, de gobelets, de couteaux, de bales, &c. A son bâton de Jacob ou verge des Mages, à la bale qu'il tient entre deux doigts & qu'il va escamoter.
On l'appelle Bâteleur dans la dénomination des Cartiers: c'est le nom vulgaire des personnes de cet état: est-il nécessaire de dire qu'il vient de baste, bâton ?
A la tête de tous les Etats, il indique que la vie entiere n'est qu'un songe, qu'un escamotage: qu'elle est comme un jeu perpétuel du hasard ou du choc de mille circonstances qui ne dépenditent jamais de nous, & sur lequel influe nécessairement pour beaucoup toute administration générale.
Mais entre le Fou & le Bateleur, l'Homme n'est-il pas bien:
[edit] No. II, III, IV, V. . Chefs de la Société.
Les Numéros II & III représentent deux femmes: les Numéros IV & V, leurs maris: ce sont les Chefs temporels & spirituels de la Société.
[edit] Roi & Reine.
Le No. IV. représente le Roi, & le III. la Reine. Ils ont tous les deux pour attributs l'Aigle dans un Ecusson, & le sceptre surmonté d'un globe thautifié ou couronné d'une croix, appellée Thau, le signe par excellence.
Le Roi est vu de profil, la Reine de face: ils sont tous les deux assis sur un Trône, La Reine est en robe traînante, le dossier de son Trône est élevé: le Roi est comme dans une gondole ou chaise en coquille, les jambes croisées. Sa Couronne est en demì cercle surmontée d'une perle à croix. Celle de la Reine se termine en pointe. Le Roi porte un Ordre de Chevalerie.
[edit] Grand-Prêtre & Grande-Prêtresse.
Le No. V. représente le Chef des Hiérophantes ou le Grand-Prêtre: le No. II. la Grande-Prêtresse ou sa femme: on sait que chez les Egyptiens, les Chefs du Sacerdoce étoient mariés. Si ces Cartes étoient de l'invention des Modernes, on n'y verroit point de Grande-Prêtresse, bien moins encore sous le nom de Papesse, comme les Cartiers Allemands ont nommé celle-ci ridiculement.
La Grande-Prêtresse est assise dans un fauteuil: elle est en habit long avec une espèce de voile derriere la tête qui vient croiser sur l'estomac: elle a une double couronne avec deux cornes comme en avoit Isis: elle tient un Livre ouvert sur ses genoux; deux écharpes garnies de croix se croisent sur sa poltrine & y forment un X.
Le Grand-Prêtre est en habit long avec un grand manteau qui rient à une agraffe: il porte la triple Thiare: d'une main, il s'appuie sur un Sceptre à triple croix: & de l'autre, il donne de deux doigts étendus la bénédiction à deux personnages qu'on voit à ses genoux.
Les Cartiers Italiens ou Allemands qui ont ramené ce jeu à leurs connoissances, ont fait de ces deux personnages auxquels les Anciens donnoient le nom de Pere & de Mere, comme on diroit Abbé & Abbesse, mots Orientaux signifiant la même chose, ils en ont fait, dis-je, un Pape & une Papesse.
Quant au Sceptre à triple croix, c'est un monument absolument Egyptien: on le voit sur la Table d'Isis, sous la Lettre TT; Monument précieux que nous avons déjà fait graver dans toute son étendue pour le donner quelque jour au Public. Elle a rapport au triple Phallus qu'on promenoit dans la fameuse Fête des Pamylies où l'on se réjouissoit d'avoir retrouvé Osiris, & où il étoit le symbole de la régénération des Plantes & de la Nature entiere.
[edit] No. VII. . Osiris Triomphant.
Osiris s'avance ensuite; il paroît sous la forme d'un Roi triomphant, le Sceptre en main, la Couronne sur la tête: il est dans son char de Guerrier, tiré par deux chevaux blancs. Personne n'ignore qu'Osiris étoit la grande Divinité des Egyptiens, la même que celle de tous les Peuples Sabéens, ou le Soleil symbole physique de la Divinité suprême invisible, mais qui se manifeste dans ce chef-d'oeuvre de la Nature. Il avoit été perdu pendant l'hyver: il reparoît au Printems avec un nouvel éclat, ayant triomphé de tout ce qui lui faisoit la guerre.
[edit] No. VI. . Le Mariage.
Un jeune homme & une jeune femme se donnent leur foi mutuelle: un Prêtre les bénit, l'Amour les perce de ses traits. Les Cartiers appellent ce Tableau, l'Amoureux. Ils ont bien l'air d'avoir ajouté eux-mêmes cet Amour avec son arc & ses flèches, pour rendre ce Tableau plus parlant à leurs yeux.
On voit dans les Antiquités de Boissard [T. III. Pl. XXXVI.], un Monument de la même nature, por peindre l'union conjugale; mais il n'est composé que de trois figures.
L'Amant & l'Amante qui se donnent leur foi: l'Amour entre deux sert de Tèmoin & de Prêtre.
Ce Tableau est intitulé Fidei Simulacrum, Tablèau de la Foi conjugale: les personnages en sont désignés par ces beaux noms, Vérité, Honneur & Amour. Il est inutile de dire que la vérité désigne ici la femme plutôt que l'homme, non-seulement parce que ce mot est du genre féminin, mais parce que la Fidelité constante est plus essentielle dans la femme. Ce Monument précieux fut élevé par un nommé T. Fundanius Eromenus ou l'aimable, à sa très-chere Epouse Poppée Demetrie, & à leur fille chérie Manilia Eromenis.
[edit] Planche V.
[edit] No. VIII. XI. XII. XIII. Les quatre Vertus Cardinales.
Les Figures que nous avons réunies dans cette Planche, sont relatives aux quatre Vertus Cardinales.
No. XI. Celle-ci représente la Force. C'est une femme qui s'est rendue maitresse d'un lion, & qui lui ouvre la gueule avec la même facilité qu'elle ouvriroit celle de son petit épagneul; elle a sur la tête un chapeau de Bergere.
No. XIII. La Tempérance [recte: XIV]. C'est une femme aîlée qui fait passer de l'eau d'une vase dans un autre, pour tempérer la liqueur qu'il renferme.
No. VIII. La Justice. C'est une Reine, c'est Astrée assise sur son Trône, tenant d'une main un poignard; de l'autre, une balance.
No. XII. La Prudence est du nombre des quatre Vertus Cardinales: les Egyptiens purent-ils l'oublier dans cette peinture de la Vie Humaine ? Cependant, on ne la trouve pas dans ce Jeu. On voit à sa place sous le No. XII. entre la Force & la Tempérance, un homme pendu par les pieds: mais que fait-là ce pendu ? c'est l'ouvrage d'un malheureux Cartier présomptueux qui ne comprenant pas la beauté de l'allégorie renfermée sous ce tableau, a pris sur lui de la corriger, & par-là même de le défigurer entierement.
La Prudence ne pouvoit être représentée d'une maniere sensible aux yeux que par un homme debout, qui ayant un pied posé, avance l'autre, & le tient suspendu examinant le lieu où il pourra le placer surement. Le titre de cette carte étoit donc l'homme au pied suspendu, pede suspenso: le Cartier ne sachant ce que cela vouloit dire, en a fait un homme pendu par les pieds.
Puis on a demandé, pourquoi un pendu dans ce Jeu ? & on n'a pas manqué de dire, c'est la juste punition de l'Inventeur du Jeu, pour y avoir représenté une Papesse.
Mais placé entre la Force, la Tempérance & la Justice, qui ne voit que c'est la Prudence qu'on voulut & qu'on dut représenter primitivement ?
[edit] Planche VI.
[edit] No. VIIII. ou IX. Le Sage ou le Chercheur de la Vérité & du Juste.
Le No. IX. représente un Philosophe vénérable en manteau long, un capuchon sur les épaules: il marche courbé sur son bâton, & tenant une lanterne de la main gauche. C'est le Sage qui cherche la Justice & la Vertu.
On a donc imaginé d'après cette peinture Egyptienne, l'Histoire de Diògene qui la lanterne en main cherche un homme en plein midi. Les bons mots, sut-tout les Epigrammatiques, sont de tout siècle: & Diogène étoit homme à mettre ce tableau en action.
Les Cartiers ont fait de ce Sage un Hermite. C'est assez bien vu: les Philosophes vivent volontiers en retraite, ou ne sont guères propres à la frivolité du siècle. Heraclide passoit pour fou aux yeux de ses chers Concitoyens: dans l'Orient, d'ailleurs, se livrer aux Sciences spéculatives ou s'Hermetiser, est presque une seule & même chose. Les Hermites Egyptiens n'eutent rien à reprocher à cet égard à ceux des Indes, & aux Talapoins de Siam: ils étoient ou sont tous autant de Druides.
[edit] No. XIX. Le Soleil.
Nous avons réuni sous cette planche tous les tableaux relatifs à la lumiere: ainsi après la lanterne sourde de l'Hermite, nous allons passer en revue le Soleil, la Lune & le brillant Sirius ou la Canicule étincelante, tous figurans dans ce jeu, avec divers emblêmes.
Le Soleil est représenté ici comme le Pere physique des Humains & de la Nature entiere: il éclaire les hommes en Société, il préside à leurs Villes: de ses tayons distillent des larmes d'or & de perles: ainsi on désignoit les heureuses influences de cet astre.
Ce Jeu de Tarots est ici parfaitement conforme à la doctrine des Egyptiens, comme nous l'allons voit plus en détail à l'article suivant.
[edit] No. XVIII. La Lune.
Ainsi la Lune qui marche à la suite du Soleil est aussi accompagnée de larmes d'or & de perles, pour marquet également qu'elle contribue pour sa part aux avantages de la terre.
Pausanias nous apprend dans la Description de la Phocide, que selon les Egyptiens, c'étoient les Larmes d'Isis qui enfloient chaque année les eaux du Nil & qui rendoient ainsi fertiles les campagnes d'Egypte. Les relations de ce Pays parlent aussi d'une Goutte ou larme, qui tombe de la Lune au moment où les eaux du Nil doivent grossir.
Au bas de ce tableau, on voit une Ecrevisse ou Cancer, soit pour marquer la marche rétrograde de la Lune, soit pour indiquer que c'est au moment où le Soleil & la Lune sortent du signe de Cancer qu'arrive l'inondation causée par leurs larmes au lever de la Canicule qu'on voit dans le tableau suivant.
On poutroit même réunit les deux motifs: n'est-il pas très-ordinaire de se déterminer par une foule de conséquences qui forment une masse qu'on seroit souvent bien embarrassé à démêler ?
Le milieu du tableau est occupé par deux Tours, une à chaque extrémité por désigner les deux fameuses colonnes d'Hercule, en-deça & au-delà desquelles ne passerent jamais ces deux grands luminaires.
Entre les deux colonnes sont deux Chiens qui semblent aboyer contre la Lune & la garder: idées parfaitement Egyptiennes. Ce Peuple unique pour les allégories, comparoit les Tropiques à deux Palais gardés chacun par un chien, qui, semblables à des Portiers fideles, retenoient ces Astres dans le milieu des Cieux sans permettre qu'ils se glissassent vers l'un ou l'autre Pôle.
Ce ne sont point visions de Commentateurs en us. Clement, lui-même Egyptien, puisqu'il étoit d'Alexandrie, & qui par conséquent devoit en savoir quelque chose, nous assure dans ses Tapisseries [Ou Stromates, Liv. V.] que les Egyptiens représentoient les Tropiques sous la figure de deux Chiens, qui, semblables à des Portiers ou à des Gardiens fideles, empêchoient le Soleil & la Lune de pénétter plus loin, & d'aller jusqu'aux Pôles.
[edit] No. XVII. La Canicule.
Ici nous avons sous les yeux un Tableau non moins allégorique, & absolument Egyptien; il est intitulé l'Etoile. On y voir, en effet, une Etoile brillante, autout de laquelle sont sept autres plus petites. Le bas du Tableau est occupé par une femme panchée sur un genou qui tient deux vases renverses, dont coulent deux Fleuves. A côté de cette femme est un papillon sur une fleur.
C'est l'Egyptianisme tout pur.
Cette Etoile, par excellence, est la Canicule ou sirius: Etoile qui se leve lorsque le Soleil sort du signe du Cancer, par lequel se termine le Tableau précédent, & que cette Etoile suit ici immédiatement.
Les sept Etoiles qui l'environment, & qui semblent lui faire leur cour, sont les Planettes: elle est en quelque sorte leur Reine, puisqu'elle fixe dans cet instant le commencement de l'année; elles semblent venir recevoir ses ordres pouir régler leur cours sur elle.
La Dame qui est au-dessous, & fort attentive dans ce moment à répandre l'eau de ses vases, est la Souveraine des Cieux, Isis, à la bienfaisance de laquelle on attribuoit les inondations du Nil, qui commencent au lever de la Canicule; ainsi ce lever étoit l'annonce de l'inondátion. C'est pour cette raison que la Canicule étoit consacrée à Isis, qu'elle étoit son symbole par excellence.
Et comme l'année s'ouvroit ègalement par le lever de cet Affre, on l'appelloit Soth-Is, ouverture de l'année; & c'est sous ce nom qu'il étoit consacré à Isis.
Enfin, la Fleur & le Papillon qu'elle supporte, étoient l'emblême de la régénération & de la résurrection: ils indiquoient en même tems qu'à la faveur des bienfaits d'Isis, au lever de la Canicule, les Campagnes de l'Egypte, qui étoient absolument nues, se couvriroient de noeuvelles moissons.
[edit] Planche VIII.
[edit] No. XIII. La Mort.
Le no. XIII. représente la Mort: elle fauche les Humains, les Rois & les Reines, les Grands & les Petits; rien ne résiste à sa faulx meurtriere.
Il n'est pas étonnant qu'elle soit placée sous ce numéro; le nombre treize fut toujours regarde comme malheureux. Il faut que très-anciennement il soit arrivé quelque grand malheur dans un pareil jour, & que le souvenir en ait influé sur toutes les anciennes Nations. Seroit-ce par une suite de ce souvenir que les treize Tribus de Hébreux n'ont jamais été comptées que pour douze ?
Ajoutons qu'il n'est pas étonnant non plus que les Egyptiens ayent inseré la Mort dans un jeu qui ne devroit réveiller que des idées agréables: ce Jeu étoit un jeu de guerre, la Morte devoit donc y entrer: c'est ainsi que le jeu des échecs finit par échec mat, pour mieux dire par Sha mat, la mort du Roi. D'ailleurs, nous avons eu occasion de rappeller dans le Calendrier, que dans les festins, ce Peuple sage & réfléchi faisoit paroître un squelette sous le nom de Màneros, sans doute afin d'engager les convives à ne pas se tuer par gourmandise. Chacun a sa maniere de voir, & il ne faut jamais disputer des goûts.
[edit] No. XV. Typhon.
Le no. XV. représente un célebre personnage Egyptien, Typhon, frere d'Osiris & d'Isis, le mauvais Principe, le grand Démon d'Enfer: il a des ailes de chauve-souris, des pieds & des mains d'harpie; à la tête, de vilaines cornes de cerf: on l'a fait aussi laid, aussi diable qu'on a pu. A ses pieds sont deux petits Diablotins à longues oreilles, à grande queue, les mains liées derriere le dos: ils sont eux-mêmes attachés par une corde qui leur passe au cou, & qui est arrêtée au piédestal de Typhon: c'est qu'il ne làche pas ceux qui sont à lui; il aime bien ceux qui sont siens.
[edit] No. XVI. Maison-Dieu, ou Château de Plutus.
Pour le coup, nous avons ici une leçon contre l'avarice. Ce tableau représente une Tour, qu'on appelle Maison-Dieu, c'est-à-dire, la Maison par excellence; c'est une Tour remplie d'or, c'est le Château de Plutus: il tombe en ruines, & ses Adorateuers tombent écrasés sous ses débris.
A cet ensemble, peut-on méconnoître l'Histoire de ce Prince Egyptien dont parle Hérodote, & qu'il appelle Rhampsinit, qui, ayant fait constraire une grande Tour de pierte pour renfermer ses trésors, & dont lui seul avoit la clef, s'appercevoit cependant qu'ils diminuoient à vue d'oeil, sans qu'on passât en aucune maniere pat la seule porte qui existât à cet édifice. Pour découvrir des voleurs aussi adroits, ce Prince s'avisa de tendre des piéges autour des vases qui contenoient ses richesses. Les voleurs étoient les deux fils de l'Architecte dont s'étoit servi Rhampsinit: il avoit ménagé une pierre de telle maniere, qu'elle pouvoit s'ôter & se remettre à volonté sans qu'oi s'en apperçût. Il enseigna son secret à ses enfans qui s'en servirent merveilleusement comme on voit. Ils voloient le Prince, & puis ils se jettoient de la Tour en bas: c'est ainsi qu'ils sont représentés ici. C'est à la vérité le plus beau de l'Histoire; on trouvera dans Hérodote le reste de ce conte ingénieux: comment un des deux freres fut pris dans les filets: comment il engagea son frere à lui couper la tête: comment leur mere voulut absolument que celui-ci rapportât le corps de son frere: comment il alla avec des outres charges sur un âne pour enivrer les Gardes du cadavre & du Palais: comment, après qu'ils eurent vuldé ses outres malgré ses larmes artificieuses, & qu'ils se furent endormis, il leur coupa à tous la barbe du coté droit, & leur enleva le corps de son frere: comment le Roi fort étonné, engagea sa fille à se faire raconter par chacun de ses amans le plus joli tour qu'ils eussent fait: comment ce jeune éveillé alla auprès de la belle, lui raconta tout ce qu'il avoit fait: comment la belle ayant voulu l'arrêter, elle ne se trouva avoir saisi qu'un bras postiche: comment, pour achever cette grande aventure, & la mener à une heureuse fin, ce Roi promit cette même sienne fille au jeune homme ingénieux qui l'avoit si bien joué, comme à la personne la plus digne d'elle; ce qui s'exécuta à la grande satisfaction de tous.
Je ne sais si Hérodote prit ce conte pour une histoire réelle; mais un Peuple capable d'inventer de pareilles Romances ou Fables Milésiennes, pouvoit fort bien inventer un jeu quelconque.
Cet Ectivain rapporte un autre fait qui prouve ce que nous avons dit dans l'Histoire du Calendrier, que les statues des Géans qu'on promene dans diverses Fêtes, désignerent presque toujours les saisons. Il dit que Rhampsinit, le même Prince dont nous venons de parler, fit élever au Nord & au Midi du Temple de Vulcain deux satues de vingt-cinq coudées de haut, qu'on appelloit l'Eté & l'Hiver: on adoroit, ajoute-t-il, celle-là, & on sacrifioit, au contraire, à celle-ci: c'est donc comme les Sauvages qui reconnoissent le bon Principe & l'aiment, mais qui ne sacrifient qu'au mauvais.
[edit] No. X. La Roue de Fortune.
Le dernier numero de cette Planche est la Roue de Fortune. Ici des Personnages humains, sous la forme de Singes, de Chiens, de Lapins, &c. s'élevent tour-à-tour sur cette roue à laquelle ils sont attachés: on diroit que c'est une satyre contre la fortune, & contre ceux qu'elle éleve rapidement & qu'elle laisse retomber avec la même rapidité.
[edit] Planche VIII.
[edit] No. XX. Tableau mal nommé le Jugement dernier.
Ce Tableau représente un Ange sonnant de la trompette: on voit aussi-tôt comme sortir de terre un vieillard, une femme, un enfant nuds.
Les Cartiers qui avoient perdu la valeur de ces Tableaux, & plus encore leur ensemble, ont vu ici le Jugement dernier; & pour le rendre plus sensible, ils y ont mis comme des espèces de tombeaux. Otez ces tombeaux, ce Tableau sert également à désigner la Création, arrivée dans le Tems, au commencement du Tems, qu'indique le no. XXI.
[edit] No. XXI. Le Tems, mal nommé le Monde.
Ce Tableau, que les Cartiers ont appellé le Monde, parce qu'ils l'ont considéré comme l'origine de tout, représente le Tems. On ne peut le méconnoître à son ensemble.
Dans le centre est la Déesse du Tems, avec son voile qui voltige, & qui lui sert de ceinture ou de Peplum, comme l'appelloient les Anciens. Elle est dans l'attitude de courir comme le Tems, & dans un cercle qui représente les révolutions du Tems; ainsi que l'oeuf où tout est sorti dans le Tems.
Aux quatre coins du Tableau sont les emblêmes des quatre Saisons, qui forment les révolutions de l'année, les mêmes qui composoient les quatre têtes des Chérubins. Ces emblêmes sont,
L'Aigle, le Lion, le Boeuf, & le Jeune-Homme,
L'Aigle représente le Printems, où reparoissent les oiseaux.
Le Lion, l'Eté ou les ardeuts du Soleil.
Le Boeuf, l'Automne où on laboure & où on seme.
Le Jeune-Homme, l'Hiver, où l'on se réunit en société.
[edit] ARTICLE II.
Les Couleurs.
Outre les Atous, ce Jeu est composé de quatre Couleurs distinguées par leurs emblêmes: on les appelle Épée, Coupe, Bâton & Denier.
On peut voir les As de ces quatre couleurs dans la Planche VIII.
A représente l'As d'Epée, surmonté d'une couronne qu'entourent des palmes.
C, l'As de Coupe: il a l'air d'un Château; ce'st ainsi qu'on faisoit autre fois les grandes tasses d'argent.
D, l'As de Bâton; c'est une vrai massue.
B, l'As de Denier, environné de guirlandes.
Chacune de ces couleurs est composée de quatorze Cartes, c'est-à-dire de dix Cartes numérotées depuis I. jusqu'à X, & de quatre Cartes figurées, qu'on appelle le Roi, la Reine, le Chevalier ou Cavalier, & son Ecuyer ou Valet.
Ces quatre Couleurs sont relatives aux quatre Etats entre lesquels étoient divisés les Egyptiens.
L'Épée désignoit le Souverain & la Noblesse toute Militaire.
La Coupe, le Clergé ou le Sacerdoce.
Le Bâton, ou Massue d'Hercule, l'Agriculture.
Le Denier, le Commerce dont l'argent est le signe.
Ce Jeu fondé sur le nombre septenaire.
Ce Jeu est absolument fondé sur le nombre sacré de sept. Chaque couleur est de deux fois sept cartes. Les Atous sont au nombre de trois fois sept; le nombre des cartes de soixante-dix-sept; le Fou étant comme 0. Or, personne n'ignore le rôle que ce nombre jouoit chez les Egyptiens, & qu'il étoit devenu chez eux une formule à laquelle ils ramenoient les élémens de toutes les Sciences.
L'idée sinistre attachée dans ce Jeu au nombre treize, ramene également fort bien à la même origine.
Ce Jeu ne peut donc avoir été inventé que par des Egyptiens, puisqu'il a pour base le nombre sept; qu'il est relatif à la division des habitans de l'Egypte en quatre classes; que la plupart de ses Atous se rapportent absolument à l'Egypte, tels que les deux Chefs des Hiérophantes, homme & femme, Isis ou la Canicule, Typhon, Osiris, la Maison-Dieu, le Monde, les Chiens qui désignent le Tropique, &c; que ce Jeu, entiérement allégorique, ne put être l'ouvrage que des seuls Egyptiens.
Inventé par un homme de génie, avant ou après le Jeu des Echecs, & réunissant l'utilité au plaisir, il est parvenu jusqu'à nous à travers tous les siècles; il a durvécu à la ruine entiere de l'Egypte & de ces connoissances qui la distinguoient; & tandis qu'on n'avoit nulle idée de la sagesse des leçons qu'il renfermoir, on ne laissoit pas de s'amuser du Jeu qu'elle avoit inventé.
Il est d'ailleurs aisé de tracer la route qu'il a tenue pour arriver dans nos Contrées. Dans les premiers siècles de l'Eglise, les Egyptiens étoient très-répandus à Rome; ils y avoient porté leurs cérémonies & le culte d'Isis; par conséquent le Jeu dont il s'agit.
Ce Jeu, interessant par lui-même, fut borné à l'Italie jusqu'à ce que les liaisons des Allemands avec les Italiens le firent connoître de cette seconde Nation; & jusqu'à ce que celles des Comtes de Provence avec l'Italie, & sur tout le séjour de la Cour de Rome à Avignon, le naturalisa en Provence & à Avignon.
S'il ne vint pas jusqu'à Paris, il faut l'attribuer à la bisarrerie de ses figures & au volume de ses Cartes qui n'etoient point de nature à plaire à la vivacité des Dames Françoises. Aussi fut-on obligé, comme nous le verrons bientôt, de réduire excessivement ce Jeu en leur faveur.
Cependant l'Egypte elle-meme ne jouit point du fruit de son invention: réduits à la servitude la plus déplorable, à l'ignorance la plus profonde, privés de tous les Arts, ses Habitans seroient hors d'état de fabriquer une seule Carte de Jeu.
Si nos Cartes Françoises, infiniment moins compliquées, exigent le travail soutenu d'une multitude de mains & le concours de plusieurs Arts, comment ce Peuple infortuné autoit-il pu conserver les siennes ? Tels sont les maux qui fondent sur une Nation asservie, qu'elle perd jusques aux objets de ses amusemens: n'ayant pu conserver ses avantages les plus précieux, de quel droit prétendroit-elle à ce qui n'en étoit qu'un délassement agréable ?
Noms Orientaux conservés dans ce Jeu.
Ce Jeu a conservé quelques noms qui le déclareroient également Jeu Oriental si on n'en avoit pas d'autres preuves.
Ces Noms sont ceux de Taro, de Mat & de Pagad.
1. Tarots.
Le nom de ce Jeu est pur Egyptien: il est composé du mot Tar, qui signifie voie, chemin; & du mot Ro, Ros, Rog, qui signifie Roi, Royal. C'est, mot-à-mot, le chemin Royal de la vie.
Il se rapporte en effet à la vie entiere des Citoyens, pisqu'il est formé des divers Etats entre lesquels ils sont divisés, & que ce Jeu les suit depuis leur naissance jusqu'à la mort, en leur montrant toutes les vertus & tous les guides physiques & moraux auxquels ils doivent s'attacher, tels que le Roi, la Reine, les Chefs de la Religion, le Soleil, la Lune, &c.
Il leur apprend en même tems par le Joueur de gobelets & par la roue de fortune, que rien n'est plus inconstant dans ce monde que les divers Etats de l'homme: que son seul réfuge est dans la vertu, qui ne lui manque jamais au besoin.
2. Mat.
Le Mat, nom vulgaire du fou, & qui subsiste en Italien, vient de l'Oriental Mat, assommé, meurtri, félé. Les Foux ont toujours été représentés comme ayant le cerveau félé.
3. Pagad.
Le Joueur de gobelets est appellé Pagad dans le courant du Jeu. Ce nom qui ne ressemble à rien dans nos Langues Occidentales, est Oriental pur & très-bien choisi: Pag signifie en Orient, Chef, Maître, Seigneur: & Gad, la Fortune. En effet, il est représente comme disposant du sort avec sa baguette de Jacob ou sa verge des Mages.
Article III.
Maniere dont on joue aux Tarots.
1o. Maniere de donner les Cartes.
Un de nos Amis, M. L'A. R. a bien voulu nous expliquer la maniere dont on le joue: c'est lui qui va parler, si nous l'avons bien compris.
On joue ce Jeu à deux, mais on donne les Cartes comme si on jouoit trois: chaque Joueur n'a donc qu'un tiers des Cartes: ainsi pendant le combat il y a toujours un tiers des Troupes qui se reposent; on pourroit les appeller le Corps de réserve.
Car ceu Jeu est un Jeu de guerre, & non un Jeu pacifique comme on l'avoit dit mal-à-propos: or dans toute Armée il y a un Corps de réserve. D'ailleurs, cette réserve rend le Jeu plus difficile, puisqu'on a beaucoup plus de peine à deviner les Cartes que peut avoir son adversaire.
On donne les Cartes par cinq, ou de cinq en cinq.
Sur les 78 Cartes, il en reste donc trois à la fin; au lieu de les partager entre les Joueurs & la réserve ou le Mort, celui qui donne les garde pour lui; ce qui lui donne l'avantage d'en écarter trois.
2o. Maniere de compter les points de son Jeu.
Les Atous n'ont pas tous la même valeur.
Les 21. 20. 19. 18 & 17. sont appellés les cinq grands Atous.
Les 1. 2. 3. 4. 5. sont appellés les cinq petits.
Si on en a trois des grands ou trois des petits, on compte cinq points: dix points, si on en a quatre; & quinze, si on en a cinq.
C'est encore une maniere de compter Egyptienne: le dinaire ou denier de Pythagore étant égal au quaternaire, puisque un, deux, trois & quatre ajoutés ensemble font dix.
Si on a dix Atous dans son Jeu, on les étale, & ils valent encore dix points, si on en a treize, on les étale aussi, & ils valent quinze points, indépendamment des autres combinaisons.
Sept Cartes portent le Nom de Taros par excellence: ce sont les Cartes privilégiées; & encore ici, le nombre de sept. Ces Cartes sont:
Le Monde ou Atout 21.
Le Mat ou Fou 0.
Le Pagad ou Atout 1.
(> Atous-Tarots)
Et les quatre Rois.
Si on a deux de ces Atous-Tarots, on demande à l'autre, qui ne l'a ? si celui-ci ne peut répondre en montrant le troisieme, celui qui a fait la question marque 5. points: il en marque 15. s'il les a tous trois. Les séquences ou les 4 figures de la même couleur valent 5. points.
3o. Maniere de jouer ses Cartes.
Le Fou ne prend rien, rien ne le prend: il forme Atout, il est de toute couleur également.
Joue-t-on un Roi, n'a-t-on pas la Dame, on met le Fou, ce qui s'appelle excus.
Le Fou avec deux Rois, compte 5. points: avec trois, quinze.
Un Roi coupé, ou mort, 5. points pour celui qui coupe.
Si on prend Pagad à son adversaire, on marque 5. points.
Ainsi le Jeu est de prendre à son adversaire les figures qui comptent le plus de points, & de faire tous ses efforts pour former des séquences: l'adversaire doit faire tous les siens pour sauver ses grandes figures: par conséquent voir venir, en sacrifiant de foibles Atous, ou les plus foibles Cartes de ses couleurs.
Il doit sur tout se faire des renonces, afin de sauver ses fortes Cartes en coupant celles de son adversaire.
4o. Ecart de celui qui donne.
Celui qui donne ne peut écarter ni Atous ni Rois; il se seroit trop beau Jeu, puisqu'il se sauveroit sans péril. Tout ce qu'on lui permer en faveur de sa primauté, c'est d'écarter une séquence: car elle compte, & elle peut lui former une renonce, ce qui est un double avantage.
5o. Maniere de compter les mains.
La partie est en cent, comme au Piquet, avec cette difference, que ce n'est pas celui, qui arrive le premier à cent lorsque la partie est commencée qui gagne, mais celui qui fait alors le plus de points; car il faut que toute partie commencée aillé jusqu'au bout: il offre ainsi plus de ressource que le Piquet.
Pour compter les points qu'on a dans ses mains, chacune des sept Cartes appellées Tarots, avec une Carte de couleur, vaut 5. points.
La Dame avec une Carte, 4.
Le Cavalier avec une Carte, 3.
Le Valet avec une Carte, 2.
2. Cartes simples ensemble, 1.
On compte l'excedent des points qu'un des adversaires a sur l'autre, & il les marque: on continue de jouer jusqu'à ce qu'on soir parvenu à cent.
Article IV.
Jeu des Tarots considéré comme un Jeu de Géographie Politique.
On nous a fait voir sur un Catalogue de Livres Italiens, le titre d'un Ouvrage où la Géographie est entrelacée avec le Jeu des Tarots: & nous n'avons pu avoir ce Livre Contient il des leçons de Géographie à graver sur chaque Carte de ce Jeu: Est-ce une application de ce Jeu à la Géographie: Le champ de conjectures est sans fin, & peut-être qu'à force de multiplier les combinaisons, nous nous éloignerions plus des vúes de cet Ouvrage. Sans nous embarasser de ce qu'il a pu dire, voyons nous-même comment les Egyptiens auroient pu appliquer ce Jeu à la Géographie Politique, telle qu'elle étoit connire de leur tems, il y a à peu-près trois mille ans.
Le Tems ou le Monde, le moment où la Terre sortit du cahos, où elsè prit une forme, se divisant en Terres & en mers, & où l'homme fut créé pour de venit le Maiître, le Roi de cette belle propriété.
Les quatre Vertus Cardinales, correspondent aux IV. côtes du Monde, Orient, Occident, Nord & Midi, ces quatre points relatifs à l'homme, par lesquels il est au centre de tout; qu'on peut appeller sa droite, sa gauche, sa face & son dos, & d'où ses connoissances s'étendent en rayons jusqu'à l'extrémité de tout, suivant l'étendue de ses yeux physiques premierement, & puis de ses yeux intellectuels bien autrement perçans.
Les quatre Couleurs seront les IV. Régions ou parties du Monde correspondantes aux quatre points cardinaux, l'Asie, l'Afrique, l'Europe & la Celto-Scythie ou les Pays glacés du Nord: division qui s'est augmentée de l'Amerique depuis sa découverte, & où pour ne rien perdre de l'ancienne on a substitué à la Celto-Scythie les Terres polaires du Nord & du Midi.
L'Epée représente l'Asie, Pays des grandes Monarchies, des grandes Conquêtes, des grandes Révolutions.
Baton, l'Egypte nourriciere des Peuples, & symbole du Midi, des Peuples noirs.
Coupe, le Nord, d'où descendirent les Peuples, & d'où vint l'Instruction & la Science.
Denier, l'Europe ou l'Occident, riche en mines d'or dans ces commencemens du monde, que si mal à propos nous appellons le vieux-tems, les tems antiques.
Chacune des X. Cartes numérotées de ces IV. couleurs, sera une des grandes Contrées de ces IV. Régions du Monde.
Les X. Cartes d'Epée auront représenté, l'Arabie; l'Idumée, qui régnoit sur les Mers du Midi; la Palestine peuplée d'Egyptiens; la Phénice, Maîtresse de la Mer Méditerranée; la Syrie ou Aramée; la Mésopotamie ou Chaldée, la Médie, la Susiane, la Perse & les Indes.
Les X. Cartes de Baton auroit représenté les trois grandes divisions de l'Egypte, Thébaide ou Egypte supérieure, Delta ou basse Egypte, Heptanome ou Egypte du milieu divisée en sept Gouvernements. Ensuite l'Ethiopie, la Cyrénaique, ou à sa place les terres de Jupiter Ammon, la Lybie ou Carthage, les Pacifiques Atlantes, les Numides vagabons, les Maures appuyés sur l'Ocean Antlantique; les Gétules, qui placésd au Midi de l'Atlas, se répandoient dans ces vastes Contrées que nous appelons aujourd'hui Nigritie & Guinée.
Les X. Cartes de Denier auront représenté l'Isle de Crète, Royaume de l'illustre Minos, la Grèce & ses Isles, l'Italie, la Sicile & ses volcans, les Baléares célèbres par l'habiletéde leurs troupes de trait, la Bétique riche en troupeaux, la Celtibérie abondante en mines d'or: Gadix ou Cadir, l'Isle d'Hercule par excellence, la plus commerçante de l'Univers; la Lusitanie & les Isles Fortunées, ou Canaries.
Les X. Cartes de Coupe, l'Arménie & son mont Ararat, l'Ibérie, les Scythes de l'Imaüs, les Scythes du Caucase, les Cimmériens des Palus-Méotides, les Getes ou Goths, les Daces, les Hyperboréens si célèbres dans cette haute Antiquité, les Celtes errants dans leurs forêts glacées, l'Isle de Thulé aux extrémités du Monde.
Les quatre Cartes figurées de chaque couleur aoront contenu des détails géographiques relatifs à chaque Région.
Les Rois, l'état des Gouvernements de chacune, les forces des Empires qui les composoient, & comment elles étoient plus ou moins considérables suivant que l'Agriculture y étoit en usage & en honneur; cette source intarissable de richesses toujours renaissantes.
Les Rèines, le développement de leurs Religions, de leurs Moeurs, de leurs Usages, sur-tout de leurs Opinions, l'Opinion ayant toujours été regardée comme la Reine du monde. Heureux celui qui saura la diriger; il sera toujours Roi de l'Univers, maître de ses semblables; c'est Hercule l'eloquent qui mene les hommes avec des freins d'or.
Les Cavaliers, les exploits des Peuples, l'Histoire de leurs Hèros ou Chevaliers; celle de leurs Tournois, de leurs Jeux, de leurs batailles.
Les Valets, l'Histoire des Arts, leur origine, leur nature; tout ce qui regarde la portion industrieuse de chaque Nation, celle qui se livre aux objets méchaniques, aux Manufactures, au Commerce qui varie de cent manieres la forme des richesses sans rien ajouter au fond, qui fait circuler dans l'Universe ces richesses & les objets de l'industrie; qui met à même les Agricoles de faire renaître les richesses en leur fournissant les débouchés les plus prompts de celles qu'ils ont déjà fait naître, & comment tout es étranglé dès que cette circulation ne joue pas avec liberté, puisque les Commerçans sont moins occupés, & ceux qui leur fournissent découragés.
L'ensemble des XXI ou XXII Atous, les XXII Lettres de l'Alphabet Egyptien commun aux Hébreux & aux Orientaux, & qui servant de chiffres, sont nécesaires pour tenir compte de l'ensemble de tant de contrées.
Chacun de ces Atous aura eu en même tems un usage particulier. Plusieurs auront été relatifs aux principaux aobjets de la Géographie Céleste, si on peut se servir de cette expression. Tels,
Le Soleil, La Lune, le Cancer, les Colonnes d'Hercule, les Tropiques ou leurs Chiens.
La Canicule, cette belle & brillante Portiere des Cieux.
L'Ourse céleste, sur laquelle s'appuient tous les Astres en exécutant leurs révolutions autour d'elle, Constellation admirable représentée par les sept Taros, & qui semble publier en caractères de feu imprimès sur nos têtes & dans le Firmament, que notre Systême solaire fut fondé comme les Sciences sur la Formule de sept, & peut être même la masse entiere de l'Univers.
Tous les autres peuvent être considérés relativement à la Géographie politique & morale, au vrai Gouvernement des Etats: & même au gouvernement de chaque homme en particulier.
Les quatre Atous relatifs à l'autorité civile & religieuse, font connoître l'importance pour un Etat de l'unité de Gouvernement, & de respect pour les Anciens.
Les quatre Vertus Cardinales montrent que les Etats ne peuvent se soutenir que par la bonté du Gouvernement, par l'excellence de l'instruction, par la pratique des vertus dans ceux qui gouvernent & qui sont gouvernés: Prudence à corriger les abus, Force pour maintenir la paix & l'union, Tempérance dans les moyens; Justice envers tous. Comment l'ignorance, la hauteur, l'avaricie, la sottise dans les uns, engendrent dans les autres un mépris funeste: d'où résultent les désordres qui ébranlent jusques dans leurs fondemens les Empires où on viole la Justice, où on force tous les moyens, où l'on abuse de sa force, & où on vit sans prévoyance. Désordres qui ont détruit tant de Familles dont le nom avoit retenti si long-tems par toute la Terre, & qui avoient regné avec tant de gloire sur les Nations étonnées.
Ces vertus ne sont pas moins nécessaires à chaque Individu. La Tempérance régle ses devoirs envers soi-même, sur-tout envers son propre corps qu'il ne traite trop souvent que comme un malheureux esclave, martyr de ses affections desordonnées.
La Justice qui régle ses devoirs envers son prochain & envers la Divinité elle-même à qui il doit tout.
La Force avec laquelle il se soutient au milieu des ruines de l'Univers, il se tit des efforts vains & insensés des passions qui l'assiégent sans cesse de leurs flots impétueux.
Enfin, la Prudence avec laquelle il attend patiemment le succès de ses oins, prêt à tout événement & semblable à un fin joueur qui ne risque jamais son jeu & sait tirer parti de tout.
Le Roi triomphant devient alors l'emblême de celui qui au moyen de ces vertus a été sage envers lui-même, juste envers autrui, fort contre les passions, prévoyant à s'amasser des ressources contre les tems d'adversité.
Le Tems qui use tout avec une rapidité inconcevable, la Fortune qui se joue de tout; le Bâteleur qui escamote tout, la Folie qui est de tout, l'Avarice qui perd tout; le Diable qui se fourre par-tout: la Mort qui engloutit tout, nombre septenaire singulier qui est de tout pays, peut donner lieu à des observations non moins importantes & non moins variées.
Enfin, celui qui a tout à gagner & rien à perdre, le Roi veritablement triomphant, c'est le vrai Sage qui la lanterne en main est sans cesse attenif à ses démarches, ne fait aucune école, connoit tout ce qui est bien pour en jouir, & apperçoit tout ce qui est mal pour l'éviter.
Telle seroit ou à peu près l'explication géographiquo-politique-morale de cet antique Jeu: & telle doit être la fin de tous, Humanité, que vous seriez heureuse, si tous les jeux ye terminoienet ainsi!
Article V.
Rapport ce Jeu avec un Monument Chinois.
M. Bertin qui a rendu de si grands services à la Littérature & aux Sciences, par les excellens Mémoires qu'il s'est procurés, & qu'il a fait publier sur la Chine, nous a communiqué un Monument unique qui lui a été envoyé de cette vaste Contrée, & qu'on fait remonter aux premiers âges de cet Empire, puisque les Chinois le regardent comme un Inscription relative au deséchement des eaux du Déluge par Yao.
Il est composé de caractères qui forment de grands compartiments en quarté-long, tous égaux, & précisément de la même grandeur que les Cartes du Jeu des Tarots.
Ces compartiments sont distribués en six colonnes perpendiculaires, dont les cinq premieres renferment quatorze compartiments chacune, tandis que la sixiéme qui n'est remplie qu'à moirié n'en contient que sept.
Ce Monument est donc composé de soixante-dix-sept figures ainsi que le Jeu de Tarots: & il est formé d'après la même combinaison du nombre sept, puisque chaque colonne est de quatorze figures, & que celle qui ne l'est qu'à demi, en contient sept.
Sans cela, on auroit pu arranger ces soixante-dix-sept compartiments de maniere à ne laisser presque point de vuide dans cette sixiéme colonne: on n'auroit eu qu'à faire chaque colonne de treize compartiments; & la sixiéme en auroit eu douze.
Ce Monument est donc parfaitement semblable, quant à la disposition, au Jeu des Tarots, si on les coloit sur un seul Tableau: les quatre couleurs feroient les quatre premierers colonnes à quatorze cartes chacune: & les atous au nombre de vingt-un, rempliroient la cinquiéme colonne, & précisément la moitié de la sixiéme.
Il seroit bien singulier qu'un rapport pareil fût le simple effet du hasard: il est donc très-apparent que l'un & l'autre de ces Monuments ont été formés d'après la même théorie, & sur l'attachement au nombre sacré de sept; ils ont donc l'air de n'être tous les deux qu'une application différente d'une seule & même formule, antérieure peut-être à l'existence des Chinois & des Egyptiens: peut-être même trouvera-t-on quelque chose de pareil chez les Indiens ou chez les Peuples du Thibet placés entre ces deux anciennes Nations.
Nous avons été fort tentés de faire aussi graver ce Monument Chinois; mais la crainte de le mal figurer en le réduisant à un champ plus petit que l'original, joint à l'impossibilité où nos moyens nous mettent de faire tout ce qu'exigeroit la perfection de notre ouvrage, nous a retenu.
N'omettons pas que les figures Chinoises sont en blanc sur un fond très-noir; ce qui les rend très-saillantes.
Article VI.
Rapport de ce Jeu avec Quadrilles ou Tournois.
Pendant un grand nombre de siècles, la Noblesse montoit à cheval, & divisée en couleurs ou en factions, elle exécutoit entr'elle des combats feints ou Tournois parfaitement analogues à ce qu'on exécute dans les jeux de cartes, & sur-tout dans celui des Tarots, qui étoit un jeu militaire de même que celui des échecs, en même tems qu'il pouvoit être envisagé comme un jeu civil, en quoi il l'emportoit sur ce dernier.
Dans l'origine, les Chevaliers du Tournois étoient divisés en quatre, même en cinq bandes relatives aux quatre couleurs des Tarots & à la masse des Atous. C'est ainsi que le dernier divertissement de ce genre qu'on ait vu en France, fut donné en 1662, par Louis XIV, entre les Tuileries & le Louvre, dans cette grande place qui en a conservé le nom de Carousel. Il étoit composé de cinq Quadrilles. Le Roi étoit à la tête des Romains: son Frere, Chef de la Maison d'Orléans, à la tête des Persans: le Prince de Condé commandoit les Turcs: le Duc d'Enguien son fils, les Indiens: le Duc de Guise, les Américains. Trois Reines y assisterent sous un dais: la Reine-Mere, la Reine régnante, la Reine d'Angleterre veuve de Charles II. Le Comte de Sault, fils du Duc de Lesdiguieres, temporta le prix & le reçur des mains de la Reine-Mere.
Les Quadrilles étoient ordinairement composés de 8 ou de 12 Cavaliers pour chaque couleur: ce qui, à 4 couleurs & à 8 par Quadrille, donne le nombre 32, qui forme celui des Cartes pour le Jeu de Piquet: & à 5 couleurs, le nombre 40 qui est celui des Cartes pour Jeu de Quadrille.
Article VIII.
Jeux de Cartes Espagnols.
Lorsqu'on examine les Jeux de Cartes en usage chez les Espagnols, on ne peut s'empêcher de reconnoître qu'ils sont un diminutif des Tarots.
Leurs Jeux les plus distingués sont celui de l'Hombre qui se joue à trois: & le Quadrille qui se joue à quatre & qui n'est qu'une modification du Jeu de l'Hombre.
Celui-ci signifie le Jeu de l'Homme ou de la vie humaine; il a donc un nom qui correspond parfaitement à celui du Tarot.
Il est divisé en quatre couleurs qui portent les mêmes noms que dans les Tarots, tels que Spadille ou épée, Baste ou bâton, qui sont les deux couleurs noires; Copa ou Coupe, & Dinero ou Denier, qui sont les deux couleurs rouges.
Plusieurs de ces noms se sont transmis en France avec ce Jeu: ainsi l'as de pique est appellé Spadille ou épée; l'as de trefle, Baste, c'est-à-dire, bâton. L'as de coeur est appellé Ponte, de l'Espagnol Punto, as, ou un point.
Ces Atous, qui sont les plus forts, s'appellent Matadors, ou les Assommeurs, les Triomphans qui ont détruit leurs ennemis.
Ce Jeu est entierement formé sur les Tournois; la preuve en est frappante, puisque les couleurs en sonst appellées Palos ou pieux, les lances, les piques des Chevaliers.
Les Cartes elle-mêmes sont appellées Naypes, du mot Oriental Nap, qui signifie prendre, tenir: mot-à-mot, les Tenans.
Ce sont donc quatre ou cinq Quadrilles de Chevaliers qui se battent en Tournois.
Ils sont quarante, appellés Naypes ou Tenans.
Quatre couleurs appellées Palos ou rangs de piques.
Les Vainqueurs sont appellés Matadors ou Assommeurs, ceux qui sont venus à bout de défaire leurs ennemis.
Enfin les noms des quatre couleurs, celui même du Jeu, démontrent qu'il a été formé en entier sur le Jeu des Tarots; que les Cartes Espagnoles ne sont qu'une imitation en petit du Jeu Egyptien.
Article VIII.
Cartes Françoises.
D'après ces données, il n'est personne qui ne s'apperçoive sans peine que les Cartes Françoises ne sont elles-mêmes qu'une imitation des Cartes Espagnoles, & qu'elles sont ainsi l'imitation d'une imitation, par conséquent une institution bien dégénerée, loin d'être une invention originale & premiere, comme l'ont cru mal à propos nos Savans qui n'avoient en cela aucun point de comparaison, seul moyen de découvrir les causes & les rapports de tout.
On suppose ordinairement que les Cartes Françoises furent inventées sous le Regne de Charles VI, & pour amuser ce Prince foible & infirme: mais ce que nous nous croyons en droit d'affirmer, c'est qu'elles ne furent qu'une imitation des Jeux méridionaux.
Peut-être même serions-nous en droit de supposer que les Cartes Françoises sont plus anciennes que Charles VI, puisqu'on attribue dans Ducange [Au mot Charta] à S. Bernard de Sienne, contemporain de Charles V, d'avoir condamné au feu, non-seulement les masques & les dez à jouer, mais même les Cartes Triomphales, ou du Jeu appellé la Triomphe.
On trouve dans la même Ducange les Statuts Criminels d'une Ville appellée Saona, qui défend également les Jeux de Cartes.
Il faut que ce Statuts soient très-anciens, puisque dans cet Ouvrage on n'a pu en indiquer le tems: cette Ville doit être celle de Savone.
Ajoûtons qu'il falloit que ces Jeux fussent bien plus anciens que S. Bernard de Sienne: auroit-il confondu avec les dez & les masques un Jeu nouvellement inventé pour amuser un grand Roi ?
Nos Cartes Françoises ne présentent d'ailleurs nulle vue, nul génie, nul ensemble. Si elles ont été inventées d'après les Tornois, pourquoi a-t-on supprimé le Chevalier, tandis qu'on consrvoit son Ecuyer ? pourquoi n'admettre dès-lors que treize Cartes au lieu de quatorze par couleur ?
Les noms des couleurs se sont dégénérés au point de n'offrir plus d'ensemble. Si on peut reconnoître l'épée dans la pique, comment le bâton est-il devenu trefle ? comment est-ce que le coeur & le carreau correspondent à coupe & à denier; & quelles idées réveilent ces couleurs ?
Quelle idée présentent également les noms donnés aux quatre Rois ? David, Alexandre, César, Charlemagne, ne sont pas même relatifs aux quatre fameuses Monarchies de l'Antiquité, ni à celles des tems modernes. C'est un monstrueux composé.
Il en est de même des noms des Reines: on les appelle Rachel, Judith, Pallas & Argine: il est vrai qu'on a cru que c'étoient des noms allégoriques relatifs aux quatre manieres dont une Dame s'attire les hommages des hommes: que Rachel désigne la beauté, Judith la force, Pallas la sagesse, & Argine, où l'on ne voit que l'anagramme Regina, Reine, la naissance.
Mais quels rapports ont ces noms avec Charles VI ou avec la France ? que ces allégories sont forcées ?
Il est vrai qu'entre les noms de Valets on trouve celui de la Hire, qui pourroit se rapporter à un des Généraux François de Charles VI; mais ce seul rapport est-il suffisant pour brouiller toutes les époques ?
Nous en étions ici lorsqu'on nous a parlé d'un Ouvrage de M. l'Abbé Rive, où il discute le même objet: après l'avoir cherché en vain chez la plûpart de nos Libraires, M. de S. Paterne nous le prête.
Cet Ouvrage est intitulé:
Notices historiques & critiques de deux Manuscrits de la Bibliothèque de M. le Duc de la Valliere, dont l'un a pour titre le Roman d'Artus, Comte de Bretaigne, & l'autre, le Romant de Pertenay ou de Lusignen, par M. l'Abbé Rive, &c. à Paris, 1779, in 4o. 36 pages.
A la page 7, l'Auteur commence à discuter ce qui regarde l'origine des Cartes Françoises; nous avons vu avec plaisir qu'il soutient, 1o. que ces Cartes sont plus anciennes que Charles VI; 2o. qu'elles sont une imitation des Cartes Espagnoles:nous allons donner un Précis succinct de ses preuves.
"Les Cartes, dit-il, sont au moins de l'an 1330; & ce n'est ni en France, ni en Italie, ni en Allemagen qu'elles paroissent pour la premiere fois. On les voit en Espagne vers cette année, & bien long-tems avant qu'on en trouve la moindre trace dans aucune autre Nation.
Elles y ont été inventées, selon le Dictionnaire Castillan de 1734., par un nommé Nicolao Pepin...
On les trouve en Italie vers la fin de ce même Siècle, sous le nom de Naibi, dans la Chronique de Giovan Morelli, qui est de l'an 1393."
Ce savant Abbé nous apprend en même tems que la premiere piece Espagnole qui en atteste l'existence, est d'environ l'an 1332. "Ce sont les Statuts d'un Ordre de Chevalerie établi vers ce tems-là en Espagne, & où les été établi par Alphonse XI, Roi de Castille. Ceux qu'on y admettoit faisoient serment de ne pas jouer aux Cartes.
On les voit ensuite en France sous le Regne de Charles V. Le Petit Jean de Saintré ne fut honoré des faveurs de Charles V que parce qu'il ne jouoit ni aux dez ni aux Vartes, & ce Roi les proscrivit ainsi que plusieurs autres Jeux, par son Edit de 1369. On les décria dans diverses Provinces de la France; on y donna à quelques-unes de leurs figures des noms faits pour inspirer de l'horreur. En Provence, on en appella les Valets Tuchim. Ce nom désignoit une race de voleurs qui, en 1361, avoient causé dans ce Pays & dans le Comtat Venaissin, un ravage si horrible, que les Papes furent obligés de faire prêcher une Croisade pour les exterminer. Les Cartes ne furent introduites dans la Cour de France que sous le Successeur de Charles V. On craignit même en les y introduisant, de blesser la décence, & on imagina en conséquence un prétexte: ce fut celui de calmer la mélancolie de Charles VI.. On inventa sous Charels VII le Jeu de Piquet. Ce Jeu fut cause que les Cartes se répandirent, de la France, dans plusieurs autres parties de l'Europe."
Ces détails sont très-interessans; leurs conséquences le sont encore plus. Ces Cartes contre lesquelles on fulminoit dans le XIVe Siècle, & qui rendoient indigné des Ordres de Chevalerie, étoient nécessairement très-anciennes: elles ne prouvoient être regardées que comme des restes d'un honteux Paganisme: c'étoient donc les Cartes des Tarots; leur figure bisarre, leurs noms singuliers, tels que la Maison-Dieu, le Diable, la Papesse, &c. leur haute Antiquité qui se perd dans la nuit des tems, les sorts qu'on en tiroit, &c. tout devoit les faire regarder comme un amusement diabolique, comme une oeuvre de la plus noire magie, d'une sorcellerie condamnable.
Cependant le moyen de ne pas jouer! on inventa donc des Jeux plus humains, plus épurés, dégagés de figures qui n'étoient bonnes qu'à effrayer: de-là, les Cartes Espagnoles & les Cartes Françoises qui ne furent jamais vouées à l'interdit comme ces Cartes maudites venues de l'Egypte, mais qui cependant se traînoient de loin sur ce Jeu ingénieux.
De-là sur-tout le Jeu de Piquet, puisqu'on y joue à deux, qu'on y écarte, qu'on y a des séquences, qu'on y va en cent: qu'on y compte le Jeu qu'on a en main, & les levées, & qu'on trouve nombre d'autres rapports aussi frappans.
Conclusion.
Nous osons donc nous flarter que nos Lecteurs recevront avec plaisir ces diverses vues sur des objets aussi communs que les Cartes, & qu'ils trouveront qu'elles rectifient parfaitement les idées vagues & mal combinées qu'on avoit eues jusques à présent sur cet objet.
Qu'on n'avancera plus comme démontrées ces propositions.
Que les Cartes n'existent que depuis Charles VI.
Que les Italiens sont le dernier Peuple qui les ait adoptées.
Que les figures du Jeu des Tarots sont extravagantes.
Qu'il est ridicule de chercher l'origine des Cartes dans les divers états de la vie civile.
Que ces Jeux sont l'image de la vie paisible, tandis que celui des Echecs est l'image de la guerre.
Que le Jeu des Echecs est plus ancien que celui des Cartes.
C'est ainsi que l'absence de la vérité, en quelque genre que ce soit, engendre une foule d'erreurs de toute espèce, qui deviennent plus ou moins désavantageuses, suivant qu'elles se lient avec d'autres vérités, qu'elles contrastent avec elles ou qu'elles les repoussent.
Application de ce Jeu à la Divination.
Pour terminer ces recherches & ces développemens sur le Jeu Egyptien, nous allons mettre sous les yeux du Buplic la Dissertation que nous annoncée & où l'on prouve comment les Egyptiens appliquoient ce Jeu à l'art de deviner, & de quelle maniere ce même point de vue s'est transmis jusques dans nos Cartes à jouer faites à l'imitation de celles-là.
On y verra en particulier ce que nous avons déjà dit dans ce Volume, que l'explication des Songes tenoit dans l'Antiquité à la Science Hiéroglyphique & Philosophique des Sages, ceux-ci ayant cherché à réduite en science le résultat de leurs combinaisons sur les Songes dont la Divinité permettoit l'accomplissement; & que toute cette science s'évanouit dans la suite des tems, & fut sagement défendue, parce qu'elle se réduisit à de vaines & futiles observations, qui dans des Siècles peu éclairés auroient pu être contraires aux intérêts les plus essentiels des foibles & des superstitieux.
Cet Observateur judicieux nous fournir de nouvelles preuves que les Cartes Espagnoles sont une imitation de l'Egypte, puisqu'il nous apprend que ce n'est qu'avec un Jeu de Piquet qu'on consulte les sorts, & que plusieurs noms de ces Cartes sont absolument relatifs à des idées Egyptiennes.
Le Trois de denier est appellé le Seigneur, ou Osiris.
Le Trois de coupe, la Souveraine, ou Isis.
Le Deux de coupe, la Vache, ou Apis.
Le Neuf de denier, Mercure.
L'As de bâton, le Serpent, symbole de l'Agriculture chez les Egyptiens.
L'As de denier, le Borgne, ou Apollon.
Ce nom de Borgne, donné à Apollon ou au Soleil comme n'ayant qu'un oeil, est une épithète prise dans la Nature & qui nous fournira une preuve à ajoûter à plusieurs autres, que le fameux personnage de l'Edda qui a perdu un de ses yeux à une célèbre fontaine allégorique, n'est autre que le Soleil, le Borgne ou l'Oeil unique par excellence.
Cette Dissertation est d'ailleurs si remplie de choses, & si propre à donner de saines idées sur la maniere dont les Sages d'Egypte consultoient le Livre du Destin, que nous ne doutons pas qu'elle ne soit bien accueillie du Public, privé d'ailleurs jusqu'à présent de recherches pareilles, parce que jusques à présent personne n'avoit eu le courage s'occuper d'objets qui paroissoient perdus à jamais dans la profonde nuit des tems.
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[edit] English translation in progress
The Game of the Tarots
Where one treats of its origin, explains its allegories, & shows that it is the source of our modern playing cards, etc etc.
[edit] 1. The surprise caused by the discovery of an Egyptian Book.
If one heard it announced that there is still nowadays a work of the ancient Egyptians, that one of their books had escaped the flames that devoured their superb libraries, & which contains their purest doctrines on interesting subjects, all who heard, undoubtedly, would hasten to study such an invaluable and extraordinary book. If it were also said that this book is very widespread in a great part of Europe, and that for a number of centuries it has been in the hands of everyone, the surprise would certainly increase. Would it not hit the roof if one was then told that no one has ever suspected that it was Egyptian; that those who have it have never valued it, nor ever sought to decipher a page of it: that the fruit of an exquisite wisdom is looked upon as a cluster of extravagant figures which mean nothing in themselves? Would one not then think the speaker is making fun, playing on the credulity of his listeners?
[edit] 2. This Egyptian Book exists.
The fact is however that it is undoubtedly true. This Egyptian book, the sole remainder of their superb libraries, still exists today. It is even so common that no professor has condescended to occupy himself with it, nobody before us having ever suspected its famous origin. This book is composed of LXXVII layers or pages, even of LXXVIII, divided into V classes, each of which present subjects as varied as they are amusing & instructive. This book is in a word the GAME of the TAROTS, a game unknown admittedly in Paris, but well-known in Italy, in Germany, even in Provence, with its multitude of bizarre figures presented upon cards.
Though widely known however, no region where it is used is any more advanced than another in understanding the value the bizarre figures have to offer. Such is its antique origin that, buried in the darkness of time, no one knows neither where or when it was invented, nor the reason why so many extraordinary figures were gathered together. So little is made of them that no one has ever sought to solve their singular enigma.
So unworthy of attention has the game appeared that it has even been overlooked by those of our experts occupied with the origin of playing cards. They only spoke of French cards, of use in Paris, whose origin is not very old; & after having proven the modern invention of it, they believed had exhausted the matter. It is indeed in this way that confusion is established by those with but vague understanding in the field of primitive invention: as we have shown with regard to the compass. The Greeks and the Romans themselves confused these subjects a great deal, which has deprived us of a multitude of interesting origins.
But the form, the provision, the arrangement of this game & the figures which it presents are so obviously allegorical, & these allegories are so in conformity with the civil, philosophical & religious doctrines of the ancient Egyptians, that one cannot fail to recognise the work of these wise people, that only they could be the sole inventors, counterparts in this respect to the Indians who invented the game of chess.
[edit] Division.
We will show the allegories that the various cards of this game offer.
The numerical formulas according to which it was made up.
How it was transmitted down to us. Its relationship with a Chinese monument. How the Spanish cards are derived from it.
And the correspondence of these last with the French cards.
This analysis will be followed by an essay in which it is established how the game is applied to the art of divination; it is the work of a General Officer, Governor of Province, who honours us with his benevolence, & which found in this game with a very clever sagacity the Egyptians principles on art of divining by the cards, principles that distinguished the first band of Egyptians, the badly named Bohemians [Gypsies], who spread across Europe. Principles of which there still remains some vestiges in our game of cards, though rendered infinitely less by their monotony & the small number of their figures.
The Egyptian game, on the contrary, is admirable for this effect, encompassing in a way the whole Universe, & the various circumstances to which the life of Man is susceptible. Such was the profundity of these singular people, to have impressed upon the least of their works the seal of immortality, that others to some extent seem hardly to walk in their footsteps.
[edit] ARTICLE I.
[edit] Allegories presented by the set of Tarot Cards.
If this game, which was always dumb for all those who knew it, developed in our eyes, it was not the effect of some deep meditations, nor of the desire for clearing up its chaos: we did not give it a moments thought. Invited a few years ago to go to see a lady of our acquaintance, Madam C of H., who had arrived from Germany or Switzerland, we found her occupied playing this game with some other people. We play a game that you surely do not know... That may be; which is it?.. The game of the Tarots... I had occasion to see it I was extremely young, but I do not have any idea of it... It is a rhapsody of the most bizarre and extravagant figures: in this one, for example; taking care to choose one charged with figures, & not having any relation with its name, it is the World: I cast my eyes over it & at once I see the allegory: everyone leaves their game to come and see this marvellous card in which I apprehend what they have never seen. Each of them asks me to explain one card after another. In a quarter of an hour the game was figured out, explained, and declared Egyptian. Since it was not the play of our imagination, but the effect of the selected & significant correspondences of the game with all that we knew of Egyptian ideas, we promised ourselves to share it some day with the public; persuaded that it would find pleasant a discovery & a present of this nature, an Egyptian book that had escaped the cruel devastations of time, fires accidental & deliberate, and the still greater disaster of ignorance.
That it has been able it to triumph over all the ages & to pass down to us with a rare fidelity is surely down to the frivolous and lightweight nature of the book. Ignorance in regards to what it represented, as indeed we were ourselves until now, provided safe passage by which to cross the centuries quietly, without anyone thinking of doing it harm.
It is time to find the allegories that it was intended to preserve, & to reveal that to these wise people, even games were founded on allegory, & that these wise scholars converted into recreation the most useful knowledge & made of it just a game.
As we have said, game of Tarots is composed of 77 Cards, with still yet a 78th, divided into atouts & 4 suits. So that our readers can follow us, we have made engravings of the atouts & the Ace of each suit, which we name after the Spaniards, Spadille, Baste, & Ponte.
[edit] ATOUTS.
The atouts number XXII, and in general represent the temporal & spiritual leaders of society, the physical leaders of agriculture, the cardinal virtues, marriage, death & resurrection or creation; the various plays of fortune, the sage & the mad man, time which consumes all, &c. One understands thus in advance that all these cards are as many allegorical figures relating to the whole of the life, & an infinity of combinations is possible. We will examine them one by one, & will try to decipher the particular allegory or the enigma that each one of them contains.
[edit] No. 0, Zero. The Madman.
One cannot fail to recognise the Madman in this card, with his baubles and coat adorned with shells & bells. He marches very quickly, as insane that he is, bearing behind him a small pack, thinking thereby to escape from a Tiger that bites him. As for the package, it is the emblem of his faults that he wishes not to see; & this Tiger, that of his remorses which follow him galloping & jumping to bite his behind.
While Horace framed this beautiful idea so well, in fact it was not his, but had come from the Egyptians. It would be a vulgar idea, a commonplace; if not presented with all the graces of which this pleasant & wise poet was able, and from his deep judgement drawn from it the nature of an eternal truth.
As for this atout, we call him Zero, though one places it in the play after the XXI, because he does not count when he is alone, & his only value is that which he gives to the others, precisely like our zero: showing thus that nothing exists without his madness.
[edit] No. I.. The Cup Player, or Bateleur.
We will start with number I and proceed to XXI, as the current use is to start with the least number and proceed to the highest. The Egyptians however commenced the count from the highest and proceeded to the lowest. Thus they sang the octave while going down, & not while going up like us. In the essay following this one the Egyptian custom is followed, & the greater account is shown thereby. Thus both approaches will be covered: ours most convenient when one wants to consider each card by itself: & the other more useful in better conceiving the whole and their relationships.
The first of all the Atouts in ascending order, or the last decending, is the Cup Player. He is recognised by his table covered with dice, goblets, knives, and balls, &c., by his staff of Jacob or rod of the Magi, by the ball which he holds between two fingers & will make disappear. He is called Bâteleur by the card makers: it is the vulgar name of the people of this state: is it necessary to say that it comes from baste, stick?
At the head of all the States, he indicates that life is but a dream, a vanishing act: that it is like a perpetual game of chance or random assembly of a thousand circumstances beyond our control and directed for the greater part by the needs of convention.
Between the Madman & the Juggler, Man is not well.
[edit] No. II, III, IV, V. . Leaders of Society.
Numbers II & III represent two women: Numbers IV & V, their husbands: they are the temporal & spiritual leaders of society.
[edit] King & Queen.
No IV represents the King, & III. the Queen. They both have the attributes of the Eagle on a shield & a sceptre surmounted by a sphere crowned with a cross, called a Tau, a sign par excellence.
The King is seen in profile, the Queen full face: they are both sat on a throne. The Queen wears a trailing dress, the back of her throne is high: the King is as in a gondola or a chair like a shell, his legs crossed. His crown is half-circular and surmounted with a pearl cross. That of the Queen finishes at a point. The King bears an order of knighthood.
[edit] High priest & High Priestess.
No V represents the leader of the Hierophants or the High priest: No II the High Priestess or his wife: it is known that among Egyptians, the leaders of the Priesthood were married. If these cards were of modern invention, one wouldn't see a High Priestess, much less still one under the name of Popess, as German card makers have ridiculously named her.
The High Priestess sits in an armchair: she wears a long dress with a species of veil which falls from behind her head and cross over her stomach: she has a double crown with two horns like that of Isis: she holds a book open on her knees; two scarves with a pattern of crosses form an X across her upper body.
The High priest wears a long habit with a large coat fastened with a clasp: he wears a triple Tiara: in one hand, he leans on a sceptre with a triple cross: & with the other he gives the two fingered blessing to two characters whom one sees at his knees.
The Italian or Germans card makers who tailored the game to their own understanding, made these two characters that the ancients called the Father & Mother, similar to our Abbot & Abbess, eastern words meaning the same thing, they made them, say I, a Pope & Popess.
As for the sceptre with triple cross, it is an emblem absolutely Egyptian: one sees it on the table of Isis, under the letter TT; an invaluable monument of which we have already had a complete copy engraved in order to give it some day to the public. It corresponds to the triple phallus that was paraded in the famous Festival of Pamylia that celebrated the finding of Osiris, & where it was the symbol of the regeneration of plants & all of Nature.
[edit] No. VII. . Osiris Triumphant.
Osiris advances next; he appears in the form of a King triumphing, his sceptre in hand, and the crown on his head: he is in the chariot of a warrior, drawn by two white horses. Nobody is unaware that Osiris was the great divinity of the Egyptians, the same as that of all the Sabean people, or that the Sun is the physical symbol of this supreme divinity, of itself invisible, but made manifest in this masterpiece of Nature. Lost during the winter: it reappears in the spring with a new brilliance, having triumphed over all who made war on him.
[edit] No. VI. . The Marriage.
A young man & a young woman pledge themselves their mutual faith: a Priest blesses them, Cupid lines up his arrow. Card makers call this card, The Lover. They seem also to have added themselves Cupid with his bow & arrows, to render the image more telling in their eyes.
One sees in the Antiquities of Boissard [T III. Pl. XXXVI], a monument of the same nature, a depiction of marital union; but it is made up only of three figures.
The lover & beloved who pledge themselves their faith: the figure of Love between them as both witness & priest.
This picture is entitled 'Fidei Simulacrum', depicting marital faith: the characters are called by the beautiful names'Truth', 'Honour' and 'Love'. It is unnecessary to say that 'truth' designates the woman here rather than the man, not only because the gender of word is feminine, but also because constant Fidelity is more essential in woman. One named T Fundanius Eromenus or 'the amiable' to his very dear wife Poppée Demetrie, & to their cherished daughter Manilia Eromenis raised this invaluable monument.
[edit] Plate V.
[edit] No. VIII. XI. XII. XIII. The Four Cardinal Virtues.
The figures that we have put together in this plate relate to the four Cardinal Virtues.
No. XI. This one represents Fortitude. It is a woman who became mistress of a lion, & who opens his mouth with the same facility as if it were that of a small spaniel. She has on her head the hat of a Shepherdess.
No. XIII Temperance [rectified: XIV]. A winged woman pours water from one vase into another to temper the liquor that it contains.
No. VIII Justice. It is a queen; she is Astrea sitting on her throne, holding in one hand a dagger and in the other a balance.
No. XII Prudence is one of the four Cardinal Virtues: could the Egyptians forget her in this painting of the human life? Nevertheless, one does not find her in this game. One sees in its place under No XII, between Fortitude & Temperance, a man hung by the feet: but why hung like this? It is the work of a miserable and presumptuous card maker who did not understand the beauty of the allegory contained within this card, took it upon himself to correct it, & thereby entirely disfigured it.
Prudence can only be represented in a way sensible to the eyes by a man upright, who having one foot set, advances the other, & holds it suspended while looking for the place where he will be able to safely place it. The title of this card was thus the 'Man with the Raised Foot', or the suspended foot: the card maker, knowing only the literal sense, made of it a man hung by the feet. Then someone asked why a man hanged in this game? Moreover, another did not fail to reply, it is the fit punishment for the inventor of the game, to have represented a female pope.
However, placed between Fortitude, Temperance & Justice, who can fail to see that it is Prudence that is wanted & that must have been represented originally?
[edit] Plate VI.
[edit] No. VIIII. ou IX. The Wise Man or the Seeker of the True & Just.
No IX. Represents a worthy philosopher in long coat, a hood over his shoulders: he walks bent over his stick, & holding a lantern in his left hand. He is the Wise Man who seeks Justice & Virtue.
One is led to imagine by this Egyptian painting the story of Diogenes who, his lantern in hand, seeks a man in full daylight. Witticisms, smart epigrams, belong to every century: & Diogenes is the man acting out such in this picture.
Card makers made of this a Wise Hermit. That is rather well observed: the Philosophers live readily apart where they can remain pure from the frivolity of the times. Heraclites passed as insane in the eyes of his fellow citizens: in the East, moreover, to devote oneself to speculative sciences or to become a Hermit is almost one & the same thing. The Egyptian Hermits are as beyond reproach in this respect as those of India, or among the monks of Siam: they all were or are as many Druids.
[edit] No. XIX. The Sun.
On this plate we have placed together all the cards relating to light: thus after the silent lantern of the Hermit, we will review the Sun, the Moon & the brilliant Sirius or scintillating Dog Star, all figuring in this game with various emblems.
The Sun is represented here as the physical father of Man & all of Nature: it illuminates the men in society, it governs their Cities: gold tears and pearls are distilled from its rays: thus is depicted the happy influences of this star.
This game of Tarots is in perfect conformity here with the doctrines of the Egyptians, as we will see in more detail in the following article.
[edit] No. XVIII. The Moon.
Thus, the Moon that goes following the Sun is also accompanied by tears of gold & pearls, to show that it also contributes in its part to the advantages of the earth.
Pausanias teaches us in his description of Phocide, that according to the Egyptians, it was the Tears of Isis that flooded each year the waters of the Nile & which thus rendered fertile the lands of Egypt. The tales of this Country also speak about a drop or tear, which falls from the Moon at the time when the waters of the Nile must swell.
At the bottom of this card, one sees a crayfish or Cancer, either to mark the retrograde motion of the Moon, or to indicate that it is when the Sun & the Moon leave the sign of Cancer that the flood caused by their tears arrives, with the rising of the Dog Star that one sees in the following card.
It may even be the two reasons are joined together: it is very common to draw conclusions from a crowd of consequences, which form a mass too confusing, to be able to untangle a singular cause.
Two towers occupy the middle of the card, one at each side to indicate the two famous Pillars of Hercules, above & beyond which these two great luminaries never pass.
Between the two columns are two dogs which seem to bark at the Moon & to guard it: perfectly Egyptian ideas. In the unique allegories of these people, the Tropics are compared with two palaces each one guarded by a dog, which like faithful gatekeepers, restrained the stars to the middle of the skies without allowing them to slip towards one pole or the other.
These are not the illusions of ordinary pundits. Clement, himself Egyptian, since he came from Alexandria, & consequently ought to know what he was talking about, ensures us in his Tapestries [or Stromates, Liv. V.] that the Egyptians represented the Tropics under the figure of two Dogs, which, similar to gatekeepers or faithful guards, prevented the Sun & the Moon from penetrating further & going to the Poles.
[edit] No. XVII. The Dog Star.
Here we have under our eyes a card no less allegorical, & absolutely Egyptian; it is entitled the Star. Indeed, one can see there a brilliant star surrounded by seven smaller stars. A woman bending on one knee who holds two vases upside down and from which two rivers run occupies the bottom of the card. Next to this woman is a butterfly on a flower.
It is purely Egyptian.
This Star, par excellence, is the Dog Star or Sirius: a star that rises when the Sun leaves the sign of Cancer, in which the preceding card finishes, & which this Star immediately follows.
The seven stars that surround it and that seem to form its court are the planets: it is to some extent their Queen, since the beginning of the year is fixed by the moment of its rising; they seem to approach to receive its orders that they may regulate their courses by it.
The Lady who is below, & extremely attentive in this moment to pour out the water of her vases, is the Queen of Heaven, Isis, to whose benevolence was attributed the flooding of the Nile, which starts with the rising of the Dog Star; thus by its rising the inundation was advertised. For this reason the Dog Star was dedicated to Isis, as her symbol par excellence.
As the beginning of the year coincided with the rising of this Star, they called it Soth-Is, opening of the year; & it is under this name that it was dedicated to Isis.
Lastly, the Flower & the Butterfly which it supports, were the emblem of regeneration & resurrection: they represent the hope that through the favour and kindness of Isis at this time, with the rising of the Dog Star, the naked fields of Egypt will be clothed in a new harvest.
[edit] Plate VIII.
[edit] No. XIII. Death.
No XIII represents Death: he reaps humans, Kings & Queens, the great & the small, nothing resists his murderous scythe.
It is not astonishing that it is placed under this number; the number thirteen was always regarded as unfortunate. In ancient time some great misfortune must have happened on a similar day, & that the memory influenced all the ancient nations about it. Could it be a continuation of this memory that the thirteen Hebrew Tribes were never counted more than twelve?
Let us add that it is not astonishing either that the Egyptians would insert Death in a game which ought to awake only pleasant ideas: this game was a game of war, Death had to enter into it: thus the game of chess finishes by checkmate, that is to say by 'Sha Mat', the death of the King. Besides, we have occasion to recall in the Calendar, that in the feasts, these wise & reflective people paraded a skeleton under the name of Maneros, undoubtedly in order to urge the guests not to be killed by greediness. Every one has their own manner of seeing, & tastes should never be disputed.
[edit] No. XV. Typhon.
No XV represents a famous Egyptian character, Typhon, brother of Osiris & Isis, the principle of evil, the great Demon of Hell: he has the wings of a bat, feet & hands of a harpie; on his head, horrible stag horns: he was made as ugly and as devil like as could be. At his feet are two small imps with long ears, large tails, their hands behind their back: they themselves are attached by a cord by their necks to the pedestal of Typhoon: he never releases those that are with him; his desire is to own them.
[edit] No. XVI. House of God, or the Castle of Plutus.
For his overthrow, we have next a lesson against avarice. This card represents a tower, which is called the House of God, that is to say the House par excellence; it is a tower filled with gold, it is the Castle of Plutus: it falls in ruins, & its adorers fall crushed under its debris.
With this card, one can understand the story of the Egyptian prince whom Herodotus speaks about called 'Rhampsinit' who, after having had a large stone tower constructed to house his treasures, & of which only he had the key, noticed however that they diminished before his eyes, without anyone passing in any manner through the only door into the building.
To discover such skilful robbers, the Prince set traps around the vases that contained his riches. The robbers were the two sons of the architect who served Rhampsinit. He had secured a stone in such a manner that they could remove it and steal at will without fear of apprehension. He taught its secret to his children who used it marvellously as one sees. They robbed the Prince, & then they abseiled to the bottom of the tower: and so they are represented here.
It is truly the most beautiful moment in the story. One will find in Herodotus the rest of this clever tale. How one of the two brothers was captured in nets: how he urged his brother to cut of his head: how their mother demanded that her son brought back the body of his brother: how he went with goatskin bottles loaded on an ass to the guards of the corpse & of the palace: how, after they had taken his goatskin bottles in spite of his cunning tears, & they had fallen into a drunken sleep, he shaved off the right sides of all their beards, & took the body of his brother from them: how the King extremely astonished, urged his daughter to ask each of her lovers the cleverest trick that they had made: how this alert young man went to the beautiful daughter, and told her all that he had done: how the beautiful daughter wanted to arrest him, but seized only upon a false arm: how, to complete this great adventure, & to bring it to a happy end, the King promised his daughter to the clever young man who had tricked them so well, as being the person worthiest of it, and this was carried out to the great satisfaction of all.
I do not know if Herodotus took this tale for a real history; but people able to invent similar romances or Milesian Fables, could very well invent any game.
This writer brings back another fact that proves what we said in the story of the calendar, that the statues of giants paraded in various Festivals usually designate the seasons. He says that Rhampsinit, the same prince we have just spoken off, erected at the North & the South of the Temple of Vulcan two statues twenty-five cubits high, one called Summer & the other Winter. They adored the one, but made sacrifices, on the contrary, to the other: it is thus like the savages who recognise & love the good principle, but only sacrifice to the bad.
[edit] No. X. The Wheel of Fortune.
The last number on this plate is the Wheel of Fortune. Here human caricatures, in the shape of monkeys, dogs, rabbits, &c., rise in turn with the rotation of the wheel to which they are attached. One may say that it is a satire against fortune, & those that it elevates quickly it lets fall down again with the same rapidity.
[edit] Plate VIII.
[edit] No. XX. Card badly named the last Judgement.
This card represents an angel sounding a trumpet: we also see as if rising naked from the earth an old man, a woman and a child.
Card makers having lost the meanings of these cards, & more still their numbering, saw the last Judgement here; & added a variety of tombs to accord with their perceptions. Remove these tombs and this card by the same token indicates the creation, the onset of time at the beginning of time, which No XXI indicates.
[edit] No. XXI. Time, badly named the World.
This card, which card makers have called the World because they regarded it as the origin of all, represents Time. Its number should not mislead one.
In the centre is the Goddess of Time, with her veil that flies, & which serves her as a belt or Peplum, as the ancients called it. She is posed as if in a run, like Time. She is in a circle that represents the revolutions of Time, but also the egg from which all emerges in Time.
At the four corners of the card are the four emblems of the seasons, which form the revolutions of the year, the same ones that compose the four heads of the Cherubim. These emblems are the Eagle, the Lion, the Ox, & the young Man.
The Eagle represents Spring, when the birds return.
The Lion, the Summer or heat of the Sun.
The Ox, the Autumn when one ploughs & one sows.
The young Man, the Winter, when one gathers together.
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